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  • Dominique Lavaire

Le quotidien avec les neurosciences, la promesse d'une belle complicité

Léa a 18 mois

Elle marche depuis ses 14 mois. Elle a appris à descendre de la terrasse en bois de ses grands-parents. Elle se met à 4 pattes, se retourne et descend prudemment les 40 cm qui lui permettent d’accéder au jardin. Tous les adultes qui la voient faire sont rassurés. On peut désormais la surveiller de loin, elle ne risque plus de tomber. Ce n’est plus un bébé sur lequel il faut veiller de près, elle est devenue une fillette habile.


Ce jour-là, Léa joue sur la terrasse. Il fait beau. Ses grands-parents vaquent à leurs occupations en jetant un œil sur les jeux de la petite fille. Et voilà que le chat traverse la terrasse en courant, saute dans le jardin et disparait à l’angle de la maison. Ce petit félin est fascinant pour une petite fille de cet âge. Léa le suit en trottinant aussi vite qu’elle le peut, oubliant tout ce que son expérience passée lui a appris. Elle tombe lourdement sur l’herbe du jardin et hurle de douleur. Sa grand-mère se précipite pour la relever et la consoler. Elle n’est pas blessée mais les grands-parents se sentent coupables de n’avoir pas mieux surveillé l’enfant qui leur a été confiée !


Lorsque son papa vient la chercher, on lui explique ce qui s’est passé, et il conclut qu’il a déjà remarqué qu’elle ne fait pas attention, qu’elle est « tête en l’air ».

Les neurosciences nous apprennent pourtant que le cortex préfrontal de ce bébé n’est pas encore mature

(et ne le sera pas avant plusieurs années !), ce qui lui fait oublier les obstacles sur son chemin lorsqu’un événement intéressant l’attire irrésistiblement.


Dommage que son papa lui mette déjà cette étiquette de « maladroite ». Il réagit comme des générations de parents l’ont fait avant lui, et le font encore. Il pense qu’un petit enfant est un adulte en format réduit.


Jeanne a 14 mois

Elle doit passer un jour et demi chez ses grands parents avec sa grande sœur. Elle se sent en sécurité car elle les connait bien. La petite routine s’installe facilement, la sieste du matin, les jeux, le repas, la sieste de l’après midi, le bain et le coucher. Tout se passe sans problème. Après une bonne nuit, la journée recommence.


La maman revient dans l’après-midi. Jeanne fait sa sieste et elle en profite pour passer du temps avec la grande sœur. Jeanne se réveille au bout de 2 heures et nous en informe en babillant. Sa maman se précipite pour la lever, pressée de revoir sa petite. Elle s’attend à ce que Jeanne manifeste elle aussi le plaisir de la revoir mais la petite fille subit le câlin de sa maman. Elle se tient raide, baisse les yeux et tourne la tête vers l’extérieur, la bouche pincée. Pire ! Elle tend les bras à sa grand-mère pour que celle-ci la prenne dans ses bras.


La maman, un peu vexée, dit : « quel mauvais caractère, elle m’en veut de l’avoir laissée et elle boude ! »


Dommage que sa maman lui mette déjà cette étiquette de « boudeuse ». Elle prête des intentions d’adulte à son bébé.

En réalité, les neurosciences nous apprennent qu’elle ne le fait pas exprès pour embêter sa maman.

Jeanne s’attendait à voir sa grand-mère à son réveil, puisque c’est elle qui l’avait couchée et ce changement non prévu la perturbe. Il faut un peu de temps à son cerveau pour s’adapter à cet imprévu. Elle est dépassée par ce qui lui arrive, son cortex orbitofrontal, qui permet de faire face au changement, de prendre du recul, n’est pas du tout mature et elle vit du stress.


Grâce aux neurosciences, le regard des parents sur leur bébé peut changer… pour le mieux. Ainsi, le papa va admirer la curiosité et la capacité d’émerveillement de sa petite fille Léa. Il peut même parler du chat et faire de ce moment un temps d’échange et de complicité.


Ainsi, la maman va voir que sa fille a besoin de temps pour faire face aux transitions. Sa petite fille Jeanne va alors ressentir « qu’elle est comprise » et va peu à peu se détendre. Mère et fille vont vivre de belles retrouvailles et toutes les deux vont retrouver le sourire.


Docteure Dominique Lavaire

Médecin Protection Maternelle Infantile

St-Étienne, France


 

Références : MacNamara, Deborah. Jouer, grandir, s'épanouir : Le rôle de l'attachement dans le développement de l'enfant et Gueguen, Catherine. Pour une enfance heureuse : repenser l'éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau. Pour plus d’infos : Médiagraphie, section Neurosciences affectives et sociales

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