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  • Photo du rédacteurJeanne Roy

Mon enfant ne m’écoute pas! Pourquoi?

L’immaturité chez le jeune enfant : une notion essentielle ignorée! (suite)


Le jeune enfant ne pense pas, ne ressent pas, ne perçoit pas comme l’adulte. Son cerveau est en développement. Il doit passer par les étapes de l’immaturité pour atteindre peu à peu une compréhension du monde dite mature.


Tout ce processus prend du temps. Au début de sa vie, l’être humain est principalement gouverné par 2 parties du cerveau : le reptilien et le mammalien (appelé aussi cerveau émotionnel ou cerveau attachement). De plus, l’hémisphère droit, spécialisé dans les sensations, les sens et les émotions, est aux commandes pendant les 3 premières années de vie. L’autre hémisphère, le gauche, spécialisé dans le raisonnement et le langage, commence son activité vers la deuxième année de vie. Cependant, le corps calleux (réseau de fibres qui fait circuler les informations entre les 2 hémisphères) fonctionne à peu près bien vers l’âge de 7 ans et continue sa croissance jusqu’à l’âge de 10 ans. Voyez-vous ce que je vois? L’enfant ne peut raisonner car il est régi par 2 parties du cerveau expertes dans les sensations et les émotions.


Le seul cerveau pensant disponible (le néocortex) est celui de l’adulte (mère, père, autres adultes signifiants). Et c’est l’interaction, la relation qui va favoriser la croissance du cerveau supérieur chez l’enfant.


Récapitulons : Un jeune enfant vit avec un cerveau qui se développe. En bas, le cerveau reptilien. Son travail est d’assurer la survie et de réagir promptement aux menaces. Or, un jeune enfant est souvent alerté (nouveautés, demandes, contraintes, frustrations, craintes, peurs de perdre son parent, séparations). Et pour se défendre, il utilise ce qui est à sa disposition : il hurle, crie, frappe, se roule par terre, mord, lance des objets, court, insulte, donne des coups de pied. Quand le jeune enfant est sous tension, son « accélérateur » fonctionne à plein régime car les « freins mentaux » (l’inhibition) ne sont pas encore opérationnels. Ce qui explique, entre autres, son impulsivité, son agitation motrice, sa difficulté à attendre, son débordement émotionnel.


Mais, et cela est d’une grande importance, je répète d’une grande importance, il est… également pourvu d’un cerveau attachement (mammalien). Au cœur de ce cerveau se situent les émotions dites de base (tristesse, joie, colère, dégoût, peur, amour et curiosité) et l’instinct d’attachement. Ce qui signifie que l’enfant qui se retrouve en crise ou en stress, a besoin d’un adulte en proximité qui lui offre ses bras, le colle, lui flatte le dos pour faire « taire » le reptilien. L’enfant se détend alors dans les bras de l’adulte et reprend petit à petit son calme et sa joie de vivre.


Être dans le réconfort et non dans la punition, être dans la proximité et non dans la mise à distance, être dans la compréhension et non dans la critique, être dans l’attention et non dans l’indifférence font vibrer les synapses et favorisent ainsi les réseaux neuronaux de la pensée flexible, du langage, de l’apprentissage, de la motivation, de l’empathie et de la régulation des émotions.


À chaque fois que l’adulte prend soin des crises, du stress, des émotions, des besoins, il participe à l’épanouissement du cerveau du haut, le pensant. N’est-ce pas merveilleux! Les adultes possèdent ce dont les enfants ont besoin : des bras, des yeux, des oreilles, de la chaleur, un cœur, l’instinct de protection, et la raison.


Donc à retenir : l’adulte a ce qu’il faut pour faire cheminer l’enfant vers une maturité saine.


Pour permettre à notre nature altruiste de se manifester, il s’agit de se défaire du conditionnement* familial et éducatif. L’adulte d’aujourd’hui a été l’enfant puni, jugé, apeuré, corrigé parce qu’immature. C’est dans son bagage. Conséquemment, quand l’enfant a des comportements « dérangeants », l'adulte a le réflexe de piger dans ce qu’il connaît. C’est tellement humain.


Ton enfant se retrouve en crise, et là, tu sens une tension, un bouillonnement. De plus, toutes sortes d’idées viennent t’envahir :

  • il a tout ce qu’il veut

  • il est en train de devenir pourri-gâté

  • il est mal élevé

  • il fait son p’tit boss

  • il veut tout contrôler.

Tu réalises qu’avec cette conception, ta colère risque d’exploser!


Comprendre le fonctionnement du cerveau de l’enfant et son immaturité donne les moyens de faire autrement.

Je te convie à faire une expérience nouvelle, tout aussi humaine et plus constructive, en modifiant le scénario quelque peu.


Ton enfant se retrouve en crise, et là, dans ton esprit, s’allume la pensée suivante : Attention, Attention Cerveau en développement. Tu sens quand même monter ta colère (c’est aussi humain) et tu vois le clignotant « IMMATURITÉ ». Alors, tu mets en action ton cerveau pensant qui t’aide à agir avec attachement.


Quelques exemples :

Dans la relation avec son enfant en colère, l’adulte reste à proximité et envoie le message verbal et non-verbal qu’il voit et qu’il entend sa frustration :

  • c’est dur de ne pas avoir ce que l’on souhaite,

  • de ne pas réussir telles activités,

  • de faire quelque chose qui ne nous tente pas (partir de la maison pour la garderie), etc.

L’enfant doit sentir que l’adulte ressent ce qu’il vit, qu’il est avec lui. Une colère comprise passe et entraîne des pleurs dans les bras de l’adulte. L’enfant est soulagé et il peut passer à autre chose, sans honte et culpabilité. Il se sent accepté tel qu’il est.


Dans le dialogue avec l’enfant, l’adulte doit tenir compte qu’il raisonne avec une pensée à la fois. Donc, si l’adulte utilise la négation, par exemple « ne court pas », l’enfant retient « court ». Cependant, si l'adulte utilise l'affirmation « Donne-moi la main », cela correspond à son niveau développemental. L'enfant retient « main » et en plus, il est en proximité dans le toucher avec l’adulte. Rappelez-vous que la première intelligence de l’enfant est sensori-motrice.


Dans l’interaction, en lien avec les demandes (ex. va brosser tes dents), l’enfant comprend la parole par le contact physique : s’approcher, le toucher, le regarder. C’est comme si la demande s’inscrit dans le corps de l’enfant. Alors, c’est plus clair pour lui et il a davantage la motivation parce qu’il est présence de « son adulte à lui, de sa figure d’attachement ». En faisant passer la parole par le corps et la présence, l’adulte s’adresse aux 2 parties du cerveau (reptilien et mammalien) les plus fonctionnelles. De plus, l’adulte stimule la zone du lien, du langage et de la raison.


À retenir


  • S’affranchir de l'éducation reçue pour favoriser la prise en compte de l'immaturité

  • Accompagner l’enfant en respectant ce qu’il peut faire, ce qu’il est


Considérer la nature du développement du jeune enfant, préserve la beauté de l'être humain: l'empathie, la confiance en soi, le courage, l’entraide.



 

*Définition tirée du dictionnaire Le Robert

Conditionnement : être soumis à une influence externe qui guide et détermine son comportement, ses opinions, ses goûts, etc.

Vouloir s’affranchir prend tout son sens. L’être humain veut être libre de ses choix.

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