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  • Photo du rédacteurJeanne Roy

« Être aimé(e) » et ne pas se sentir aimable ou si peu. Comment cela se peut-il?

Dernière mise à jour : 25 avr.

Trop souvent l’enfant est aimé pour ce qu’il fait, et non pour ce qu’il est. Il reçoit attention et affection quand il répond aux attentes de l’adulte. « Tu es gentil(le) parce que tu fais... Tu es sage parce que tu t’assoies bien tranquille, tu as une récompense parce que tu fais pipi dans le pot, parce que tu as tout mangé, etc. »

 

L’enfant est aimé avec des SI. Avec les SI viennent les récompenses, les menaces ou les conséquences.

 

« Si tu m’écoutes, si tu embrasses tes grands-parents, si tu dis bonjour, si tu fais tes devoirs, si tu ranges ta chambre, si tu ne cours pas, si tu ne me fais pas honte, je te félicite alors avec les « bonnes couleurs » reçues de l’école, ou je te donne des points sur le tableau d’émulation ou tu as droit à un cadeau, une sortie, etc. Si tu ne m’écoutes pas, je vais t’enlever ton jeu, tu vas te coucher plus tôt, tu n’iras pas chez ton ami, tu n’auras pas ton argent de poche, etc. Tu fais ce que je te demande, tout va bien aller et mon petit chéri/ ma petite chérie, je t’aime tellement. »

 

Comment l’enfant peut développer son individualité, son amour de soi dans un contexte où les exigences de l’autre priment? Comment se sentir aimable dans une relation marquée par la contrainte? Comment s’aimer quand l’adulte scrute gestes et paroles à travers la norme de l’obéissance, du faire-plaisir et de la gentillesse commandée?

 

L’amour du parent est conditionnel.  Il est convaincu qu’il fait tout cela pour le bien de son enfant. Il pense que l’éducation passe nécessairement par « lui dire quoi faire et s’il n’obéit pas, il doit en subir les conséquences. »  

 

Pour rappel, une conséquence signifie une suite logique, un lien de cause à effet. Comment un jeune enfant de 2-3 ans peut comprendre la logique alors que son cerveau n’est pas rendu à cette étape de maturité? Comment un enfant peut voir la logique, entre par exemple, l’obligation de se retirer dans sa chambre parce qu’il ne veut pas terminer son repas? Comment un enfant peut voir la logique entre la privation de ses amis parce qu’il a dérangé en classe?

 

Ce que l’enfant vit et ressent c’est une punition. Il a commis une faute. Il se sent coupable, incompris(e) et inapte. L’adulte ne le voit pas ainsi. Il pense qu’il permet à l’enfant d’être responsable de ses actes.

Est-ce possible d’en arriver à ce résultat par ce moyen?

 

Pour un instant, je te propose de te mettre à la place de l’enfant mais dans ton milieu de travail. Ton chef te surveille constamment. Il te dit « attention, ne fais pas ça comme ça, ou fais ça comme ça, faut-il que je te le répète encore, voyons, je t’ai déjà montré, tu ne comprends rien? » Tu t’exécutes mais tu sens que tu n’es pas à la hauteur.  Pourtant, le chef a de bonnes intentions, il veut que tu t’améliores. Dis-moi comment tu vis cela?  Est-ce la bonne méthode? NON!

 

Tu es coincé(e) mais moins que l’enfant car tu peux raisonner, tu n’as pas de lien d’attachement avec lui et à la limite, tu sais que tu peux partir.

 

L’éducation par l’obéissance est présente depuis fort longtemps. Elle revêt cependant aujourd’hui une apparence de bienveillance. Donner des conséquences, utiliser les techniques de l’ignorance, de l’isolement dans la chambre, de l’éloignement, des ultimatums, de lui donner l’amour quand il le mérite sont des méthodes courantes et encouragées.  C’est la version moderne du « bâton » ou de la « carotte ».

 

Le lien d’attachement de l’enfant à son parent place l’amour comme une priorité absolue. Il veut faire plaisir, il veut écouter mais cela a un prix.  Car il est aussi un être humain avec une volonté, une individualité, des besoins et des désirs personnels. L’enfant vit un dilemme existentiel : il veut être apprécié et en même temps, il a soif de se connaître et être sa vraie personne. Pas une copie. C’est un besoin tout à fait légitime.


Que se passe-t-il alors si l’enfant reçoit l’amour surtout quand il répond aux attentes. Il continue à aimer son parent et commence à douter de ses capacités, de sa bonté, de sa valeur. Il perd peu à peu son estime de soi*, il est encore moins lui-même et un peu plus comme son parent veut qu’il soit. Il ne remet pas en question l’amour de son parent, il remet en question son amour-propre.

 

Dans le livre de Céline Lamy, Le drame des enfants parfaits, elle fait référence à un sondage maison mené auprès d’enfants et d’adolescents par l’intermédiaire de leurs parents. La question qui était posée : Qu’est-ce qu’un enfant? « Ils et elles ont essentiellement insisté sur leurs devoirs envers leurs parents, leurs pairs et leurs enseignant.e.s : sages, discipliné.e.s, attentif.ve.s, raisonnables, persévérant.e.s, performant.e.s. Ce qu’ils doivent être (pour l’adulte et sa satisfaction) a préséance sur leur être et l’expression de leur potentiel propre. »**

 

Contenter l’adulte en s’oubliant, entraîne des répercussions. Soit l’enfant se soumet (passivité, retrait), soit il s’oppose (agitation, agressivité). Il n’a pas beaucoup de choix vu sa position de dépendance. Qu’il soit dans la soumission ou dans l’opposition, il se sent mauvais (non-aimable).  À l’ère des diagnostics, l’enfant est encore plus piégé. La demande de consultation commence souvent par « qu’est-ce qu’il a? » et non par « qu’est-ce qui s’est passé? » Et la réponse diagnostique (par ex. : TDAH et troubles anxieux) vient confirmer la croyance chez l’enfant que c’est lui le problème.

 

C’est tellement malheureux car le parent désire ce qu’il y a de mieux pour son enfant. Cependant, il remet rarement en question sa manière de faire, étant donné le poids de sa propre éducation et de la culture dominante. Et quand il le fait, il se trouve isolé et insécure. 

 

En lisant ce billet, réalises-tu que les SI dans la relation avec ton enfant l’amène à te plaire et à laisser tomber son besoin d’être vu et reconnu pour ce qu’il est? Vois-tu que les SI viennent interférer avec ton souhait le plus cher, soit que ton enfant soit heureux et bien dans sa peau?

 



Le prochain billet va traiter de l’amour inconditionnel, et comment y arriver? Je t’espère curieux et curieuse!

 

 

* « L’estime de soi saine, profonde, s’exprime ainsi : « Je vais bien et j’ai de la valeur, juste parce que je suis!... On reconnaît la faible estime de soi à un sentiment constant d’incertitude, d’autocritique et de culpabilité ». p. 69

Tiré de Juul Jesper. Regarde…ton enfant est compétent.

 

** Céline Lamy. Le drame des enfants parfaits : pour une permaculture de l’enfance. p. 23

 

Autre suggestion de lecture :

Alfie Kohn. Aimer nos enfants inconditionnellement.

 


 

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