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  • Photo du rédacteurJeanne Roy

L’amour inconditionnel des parents : aimer son enfant sans SI



Mon précédent billet a abordé l’amour sous conditions. L’enfant est aimé pour ce qu’il fait et non pour ce qu’il est. Il reçoit attention et affection quand il répond aux attentes de l’adulte.

 

Ce billet porte sur les obstacles à la parentalité inconditionnelle.

 

Tout d’abord, je tiens à préciser que l’amour inconditionnel n’est pas du laxisme i-e une propension démesurée à la conciliation, à la tolérance, au laisser-aller, à une parentalité « molle ».

 

Je souligne cet aspect car la remise en question de l’éducation basée sur les conditions, les contraintes, les ordres, sur les SI, entraînent presqu’automatiquement les commentaires suivants : enfant-roi, enfant-gâté, enfant-sans-discipline, enfant-manipulateur, etc.

 

La parentalité inconditionnelle considère que les comportements de l’enfant sont l’expression d’émotions, de besoins et de capacités. L’enfant est un être humain avec sa propre volonté, son propre rythme, ses manières de faire, sa vision et ses propres aspirations. La majorité des adultes semble être d’accord avec cet énoncé. Alors qu’est-ce qui fait qu’encore trop de parents continuent à aimer sous conditions?

Se peut-il que la peur soit l’émotion qui empêche de penser et d’agir de façon différente?


J’en ai identifié 6

 

  • La peur d’être un mauvais parent

L’expérience parentale comporte nécessairement des moments de doute et de confusion. L’adulte, confronté à l’incertitude, peut chercher des conseils qui rassurent même s’ils ne tiennent pas compte des besoins d’un enfant. Par exemple, une amie Facebook ou une spécialiste qui recommande de laisser pleurer les bébés tout seuls ou encore de donner une belle étoile brillante à chaque fois que l’enfant a un « bon » comportement.

 

Cette peur peut aussi amener le parent soit à dire oui à toutes les exigences de l’enfant ou à se montrer inflexible.

 

  • La peur de l’impuissance

Bien des adultes d’aujourd’hui ont vécu enfant, l’incapacité de se faire comprendre, de se faire entendre.  « Quoi que tu dises ou fasses, ce n’est pas toi qui mènes, et tu vas faire ce que je te dis ».  Ils ont vécu leur état de dépendance et de vulnérabilité dans la peur et l’incompréhension. Vouloir que l’enfant réponde à nos attentes, qu’il fasse à notre manière et qu’il écoute notre volonté, fait partie d’une réaction inconsciente pour éviter de ressentir sa propre angoisse d’enfant impuissant. Peut-être trouves-tu que j’exagère? Je te demande juste d’y réfléchir.

 

  • La peur d’être jugé

Qu’est-ce que les gens vont penser de mon enfant (donc de ma compétence parentale) si celui-ci ne répond pas aux diktats sociaux?  Il y a beaucoup de comportements parentaux qui reflètent la crainte du jugement des autres adultes. Pensez « au regard centre d’achat » quand l’enfant hurle son mécontentement; pensez aux commentaires des gens quand vous mentionnez que votre enfant de 3 ans se réveille la nuit ou encore, pensez à l’œil accusateur quand un enfant refuse de dire bonjour ou d’embrasser un grand-parent, une voisine, etc. Une réponse polie, obéissante est reconnue généralement par les autres adultes comme un signe que « j’élève bien » mon enfant. Ouf! Je passe le test!

 

  • La peur d’infantiliser

La préoccupation de ne pas traiter l’enfant comme un bébé entraîne des refus de l’adulte alors que l’enfant exprime un besoin.  Par exemple, un enfant âgé de 5 ans veut être porté (besoin de proximité), l’adulte rejette la demande sur la base qu’il est grand maintenant. Même raisonnement pour l’enfant qui ne veut pas aller se coucher seul dans un endroit étranger.

 

Une autre appréhension de l’adulte est celle que les autres enfants soient en avance sur le sien. Cette compulsion à comparer reflète la peur, spécifiquement entretenue par notre société qui carbure à la compétition. L’individualité de l’enfant et ses motivations intrinsèques ne sont pas appréciées parce que l’adulte est en quelque sorte piégé par les lois du marché.

 

  • La peur de la manipulation

L’adulte est convaincu qu’un enfant, voire un tout jeune enfant est capable de manipuler. Par exemple, un bébé pleure la nuit. Les parents s’empêchent d’aller le réconforter pour qu’il apprenne… La mère, après plusieurs tâtonnements (j’y vais ou j’y vais pas?), se décide à aller voir son bébé et lui met une main sur le dos. Celui-ci s’arrête instantanément de pleurer et s’endort. La mère se dit alors : « il m’a eu », plutôt qu « ’il en avait besoin ».

 

Cette conviction que l’enfant peut te mener par le bout du nez est réellement ancrée.  La définition de manipulation est l’action d’intimider une personne par la force, la violence dans le but de contrôler sa pensée, ses choix, ses actions via un rapport de pouvoir.  Est-ce qu’un enfant a cet « outil » cérébral? Les neurosciences nous enseignent que la capacité de planifier est présente chez l’enfant vers 10-11ans*!

 

Manipuler suppose une pensée élaborée pour connaître les faiblesses de l’autre et pour le faire agir dans son propre intérêt. D’où vient cette peur? Eh bien, cherche dans les différentes représentations de l’enfant à travers les époques : l’enfant est vu comme foncièrement mauvais, d’où les punitions, les critiques et les corrections.

 

  • La peur de l’inconnu

Les êtres humains se sentent en sécurité par ce qui est familier, connu. Sortir des sentiers battus entraîne différentes frayeurs. Il y a perte de repères, déséquilibre, perturbations, incertitudes. Et alors pour se « calmer », l’adulte ne prend pas de risque. Il perpétue ce qu’il connaît.

 

La peur peut nous jouer des tours quand elle est appréhendée et non réelle. La fonction de cette émotion consiste à nous protéger d’un danger. Dans cette situation, c’est l’enfant qui l’engendre par sa condition et son immaturité. Représente-t-il véritablement une menace?

 

Nommer l’émotion, aller à sa rencontre, et non la dénier ou la fuir permet d’être plus consciente-conscient. Prendre le temps de se connecter à la peur et de voir comment elle résonne dans le corps (nervosité, stress, tensions, souffle court, envie de bouger, etc.) favorise une mise à distance du conditionnement éducationnel et une liberté dans la réflexion.

 

Choisir d’explorer ce qui bouleverse sans jugement, sans culpabilité, sans « se taper » sur la tête donne moins d’emprise à la peur et davantage de pouvoir aux nouvelles connaissances.

 

Apprivoiser les peurs, faire confiance à l’instinct de protection, et ainsi amorcer un changement qui tient compte de l’individualité de l’enfant et de son besoin profond d’être aimé pour ce qu’il est.

 

Je te souhaite de marcher dans de nouveaux sentiers et de vivre les joies de la découverte!

 

 

 

Je te reviens en septembre sur les principes de la parentalité inconditionnelle.

 

*Jesper Juul. Regarde… ton enfant est compétent : Renouveler la parentalité et l’éducation. p. 124


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