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  • Photo du rédacteurJeanne Roy

Le jeu libre : espèce en voie de disparition! *

Qu’est-ce que le jeu libre? C’est une activité spontanée. Elle vient de l’enfant, de ses intérêts, de ses aspirations et de ses rêves. L’enfant joue pour jouer tout simplement. Il ne se fixe pas d’objectifs et ne s’attend pas à des résultats.


L’enfant est dans le moment présent et il manie le réel à partir de son univers intérieur et de son imagination. L’enfant est lui-même dans le jeu libre, il respire son propre souffle et vibre à ses propres rythmes. Il se découvre davantage et apprend le monde à sa manière. Il est complètement absorbé par son exploration et il éprouve satisfaction et grande fierté.


Comme tous les êtres humains, l’enfant a besoin de sentir qu’il peut avoir du pouvoir sur sa vie, qu’il peut décider par lui-même. À chaque fois qu’il fait cette expérience, il grandit de plusieurs centimètres dans sa tête.


La joie ressentie et la curiosité naturelle qui se déploient à travers le jeu favorisent une sorte d’explosion neuronale dans le néocortex. Des réseaux se consolident et se multiplient au fur et à mesure des expériences et forment ainsi la base de la pensée critique, la communication, la planification et la résolution des problèmes.


Le jeu libre apporte un autre bénéfice développemental : l’auto-régulation des émotions. En jouant librement l’enfant peut exprimer sans danger ses émotions les plus profondes. Il les fait vivre à travers des personnages, des animaux ou des peluches. Il peut en quelque sorte toucher les émotions, les entendre, les goûter, les sentir et les voir. Les émotions deviennent plus concrètes permettant ainsi à l’enfant d’être moins envahi, de se sentir en sécurité et d’exercer un certain contrôle.

Enfin, l’enfant qui joue, libère les tensions, réduit le stress et se bâtit une plus grande résistance pour faire face aux épreuves de la vie. Le jeu libre apporte énormément à l’enfant, il est essentiel à sa santé physique et psychologique.


Malheureusement, il est le plus souvent ignoré ou banalisé. Les écrans, l’enseignement académique accru, les stimulations de toutes sortes, les diverses activités structurées étouffent l’enfant. Selon deux études effectuées (une entre 1981 et 1997 et l’autre de 1997 à 2003), les enfants ont perdu 25% du temps consacré au jeu et 50 % du temps pour jouer dehors.


Qu’en est-il aujourd’hui? Le jeu libre, avec sa biodiversité naturelle (courir, sauter, toucher, manœuvrer, empiler, jouer dans la bouette, la neige, les roches…, inventer, construire, déconstruire, imiter, rire, faire semblant…), court un grand danger.


Est-ce que les adultes peuvent faire quelque chose? Sincèrement, il m’arrive de douter et de me sentir impuissante. Je ne peux pas dénier mes sentiments. Ils sont un signal émis par la peur. Et comme toutes les émotions, elle invite à l’action.


Tout d’abord, prendre conscience des bienfaits du jeu libre. Ensuite, résister aux pressions de la performance à tout prix (il faut être bonne-bon dans toute!). Puis, prendre le temps de regarder un enfant qui joue, de voir ses mises en scènes, d’écouter son théâtre, de se laisser imprégner par la beauté de ses mots, de ses images, de ses questions existentielles et de ses émotions à fleur de peau. Enfin, prendre la responsabilité de préserver le jeu libre, pour protéger l’humanité et son avenir.


Et si j’osais, pourquoi ne pas reconnaître le jeu libre comme un droit fondamental et l’inclure dans la Convention relative aux droits de l’enfant? Bonne nouvelle, pas besoin d’attendre!

Le 20 novembre est à nos portes, célébrons le jeu libre, et recommençons dès le lendemain!

 

*Jouer, grandir, s’épanouir : le rôle de l’attachement dans le développement de l’enfant de Deborah MacNamara - Voir sa description dans la section « attachement » dans l’onglet « Médiagraphie »

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