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  • Photo du rédacteurJeanne Roy

Réconforter, c’est bien plus que des becs!


Pour survivre, un enfant doit développer un lien d’attachement avec ses parents ou autres adultes qui s’occupent de lui. C’est une exigence de la nature humaine.


Pour grandir avec tout son potentiel (sans anxiété, sans dépendance, sans agressivité), l’enfant a besoin de se lier en toute espérance. C’est fondamental pour la création d’un lien d’attachement sécurisant.


Pour ce, il est nécessaire qu’il se sente en sécurité (Protection), qu’il se sente vu et compris (Attention) et qu’il se sente apaisé (Réconfort). Protection, Attention, Réconfort sont des ingrédients relationnels essentiels pour que naisse la Confiance. Les premières lettres de ces mots forment l’acronyme PARC*


Aujourd’hui, je présente le réconfort. Les billets précédents abordaient la protection et l’attention et le billet suivant va traiter de la confiance.


D’emblée, je tiens à préciser que réconforter ne signifie pas tout laisser faire à l’enfant. Cela veut dire être là pour l’aider à composer avec les sensations et émotions liées aux frustrations, aux désirs, au plaisir attendu ou autres situations difficiles.


Envisager l’éducation par le prisme du réconfort va à l’encontre de ce que la plupart des adultes ont vécu dans leur famille et de ce qui est encore véhiculé dans notre société. Ce qui est remarqué et « visé », c’est le comportement. Un enfant qui « n’écoute pas » est désobéissant. Un enfant qui « ne lâche pas le morceau » est entêté. Un enfant qui insiste pour avoir ce qu’il veut est capricieux. S’arrêter aux comportements et tenter de les faire disparaître font partie d’une règle dominante en éducation.


Réconforter un enfant quand il est débordé par ses émotions favorise l’apaisement et encourage la coopération. Mettre le réconfort au cœur de la relation, au lieu de l’obéissance ou de la contrainte, est un changement nécessaire.

Explorons ensemble une situation, qui dans un premier temps, illustre la contrainte et dans un deuxième temps, le réconfort. Un enfant de 6 ans continue à dessiner alors que la consigne est de passer à une autre activité. La professeure insiste, l’enfant aussi, la professeure prend le dessin, l’enfant le retient et le dessin se déchire. L’enfant pleure, crie, tape du pied et insulte la professeure. Celle-ci l’envoie chez la directrice.


Que s’est-il passé? L’enfant voulait terminer son dessin pour l’offrir à sa mère. La demande de l’adulte ne pouvait être entendue car l’enfant était complètement absorbé et tout à son plaisir de faire plaisir à son parent. Exiger ou commander engendre un grand stress et fait monter la colère. L’enfant est envahi et il ne peut faire appel à son cerveau pensant (à 6 ans, le cerveau du haut est encore en développement et le cerveau du bas (sensations et émotions) prend le contrôle).


L’enfant intériorise la leçon suivante : « Quand je suis envahi par mes émotions, personne ne vient m’aider, et je me retrouve même à avoir des ennuis ». « Si je perds le contrôle, je vais être puni ». L’enfant vit une plus grande détresse car s’ajoute la peur aux émotions initiales. La répétition de ce type de situations a généralement pour effet d’augmenter la fréquence et l’intensité de la dérégulation et de l’anxiété.


Au contraire, si la professeure dit à l’enfant : « C’est dur d’arrêter ton dessin parce qu’il est important pour toi. C’est fâchant d’arrêter ce qu’on aime, je le vois bien. Je te propose de mettre ton dessin de côté et on va le reprendre après la récréation, c’est sûr. »


Si l’adulte voit ce qui se passe dans la tête et le cœur de l’enfant, lui reflète son désir de poursuivre le dessin et sa frustration d’y mettre fin, l’enfant n’est plus seul. Il est relié à un adulte qui le soutient et ils deviennent un « nous ». Ensemble, ils peuvent trouver une solution.


L’enfant intériorise la leçon suivante : « Quand mes émotions me submergent quelqu’un est là pour moi et m’aide à me calmer ».

Au Texas (oui oui, au Texas!), quelques écoles ont décidé de s’éloigner de l’approche comportementaliste et d’opter pour une approche relationnelle basée sur le réconfort et le soutien des élèves en situation de crise. Résultats : les enfants se calment plus rapidement que lorsqu’ils sont punis.


La répétition de cette expérience, où quelqu’un se fait le témoin de ce qui lui arrive, l’apaise, apporte à l’enfant plusieurs bienfaits.


Il apprend qu’il peut compter sur un adulte en cas de détresse. De ce fait, il développe un sentiment de sécurité : il fait confiance à l’autre et à soi (utilise ses propres ressources pour faire face).


Réconforter un enfant quand il est en crise lui donne une chance de se calmer dans la dignité, sans honte, ni menace. Et cette chance s’inscrit dans son cerveau. En effet, le réconfort permet de câbler le cerveau pensant (cerveau du haut) et favorise ainsi les fonctions plus élaborées (prise de décision et planifications saines, régulation du corps et des émotions, compréhension de soi, empathie, sens moral).


« Ce travail de connexion » se fait à long terme. Le cerveau du haut ne parvient à maturité que vers l’âge de 25 ans. C’est donc tout au long de l’enfance, de l’adolescence et au début de l’âge adulte que nos enfants ont besoin de nous pour les réconforter si on veut qu’il développe une maturité « compétente ».


Comme vous voyez, le réconfort c’est plus que bercer un enfant quand il est malade ou encore lui donner un bec sur ses bobos. Réconforter un enfant, c’est le soutenir dans tous ses états, et ce, même quand il nous « casse » les oreilles et que nous avons juste le goût de ne plus l’entendre…


D.J. Siegel et Tina P. Bryson empruntent l’image des zones de couleur pour illustrer le fonctionnement du cerveau. Quand un enfant se sent en sécurité, il est à ce moment-là capable de se maîtriser et de vaquer à ses occupations. Il est dans la zone verte.


Il arrive cependant que l’enfant vive des événements très prenants où il se sent submergé par la colère, la peur ou toute autre émotion inconfortable. L’enfant peut entrer alors dans la zone rouge, c’est le chaos ou il peut entrer dans la zone bleue, c’est l’engourdissement. Quand l’enfant quitte la zone verte pour aller vers la rouge (tempêter, bouillonner) ou la bleue (se fermer, se cacher), il est dérégulé.


Il a absolument besoin d’un adulte pour lui tenir la main et l’aider à revenir dans la zone verte. Être présent à son désarroi, voir qu’il ne fait pas exprès, être impliqué avec lui et ce qu’il est en train de vivre favorisent l’accalmie. Prendre conscience que notre grandeur peut faire peur à l’enfant. Se « rapetisser » et baisser le ton font diminuer le niveau d’excitation et rend l’enfant plus disponible à nos paroles. Être proche physiquement et toucher **l’enfant en lui offrant les contacts qui lui conviennent, l’aident à réintégrer la zone verte.


Après avoir pris soin des émotions, avec empathie, proposer à l’enfant des mouvements qui défoulent (courir, danser, se balancer, virevolter, sauter) participent aussi à la régulation, en envoyant des messages de vitalité et de détente.


Se rapprocher, écouter, accueillir les émotions, toucher, bouger sont des verbes qui se conjuguent avec le réconfort.


Un enfant puni, jugé, laissé seul, grondé alors qu’il est en détresse, se sent écrasé, étouffé. Apparaît alors l’anxiété, l’agitation ou autres problèmes.


Un enfant qui vit dans un climat de réconfort peut respirer librement (ouf! Il n’aura pas besoin de l’apprendre plus tard dans des séances de méditation ou autres!). Être soutenu dans tous ses états, lui donne quelque chose de très précieux : la validation du droit d’être lui-même.



 

*L’acronyme PARC n’est pas mon idée. J’aurais tellement aimé que ça vienne de moi. Mais non, elle est tirée de ce livre :

Siegel, Daniel J. et Payne Bryson, Tina. L’attachement : Comment créer ce lien qui donne confiance à votre enfant pour la vie. Pour plus d’infos : Médiagraphie, section Attachement

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