Une "saine colère"*,
- Jeanne Roy

- il y a 6 heures
- 3 min de lecture
suivi de Justice pour la colère
Je vous présente 2 textes qui montrent l’importance d’écouter cette émotion. Malheureusement dans notre société, la colère est mal vue et souvent associée à l’impulsivité, au « pétage de plomb », à de « l’enfantillage » et au manque de contrôle de soi.
Et pourtant, la colère est une émotion innée. L’évolution en a voulu ainsi car elle protège nos limites, nos valeurs, notre intégrité. La colère est une grande source d’énergie et un guide puissant pour s’affirmer et se faire respecter.
Se laisser grandir par la colère est une manière de sortir de la torpeur individuelle et sociétale. C’est une réponse à l’air ambiant saturé de « on ne peut rien y faire, c’est comme ça ». Ouvrons-nous à la colère et envisageons les différentes possibilités qui s’offrent à nous.
Bonne lecture!
*Extrait tiré de : Maté, Gabor. (2025). Le mythe de la normalité : Le traumatisme, la maladie et la guérison dans une culture toxique. p. 442-443-444. Pour plus d’infos : Médiagraphie, section neurosciences affectives et sociales

On me demande souvent de définir ce qu’est une « saine colère ». Voici ce qu’elle n’est pas : une rage aveugle, une fanfaronnade, du ressentiment, de la rancune, de la méchanceté ou de l’amertume. Toutes ces réactions découlent d’une accumulation malsaine d’émotions non exprimées et non intégrées qui doivent être traversées et comprises plutôt qu’extériorisées. La colère réprimée et la colère amplifiée de façon disproportionnée sont toutes deux toxiques.
La colère dans sa forme naturelle et saine, est une défense de nos limites, une dynamique activée quand nous percevons une menace pour notre vie ou pour notre intégrité physique ou émotionnelle. Notre cerveau est conçu pour cela, nous pouvons difficilement l’éviter : c’est le système d’autoprotection RAGE identifié par Jaak Panksepp. Son fonctionnement normal est une caractéristique de notre intégrité, essentielle à notre survie : pensez à un animal qui protège son territoire ou ses petits. Le chemin vers l’intégrité implique souvent la réintégration de cette émotion fréquemment bannie de notre répertoire de sentiments.
Ce n’est pas la même chose que d’attiser le ressentiment ou d’entretenir la rancune, c’est même plutôt le contraire. Une colère saine est une réaction du moment, pas une bête que l’on garde à la cave, en la nourrissant de honte ou de justifications. Elle est situationnelle, sa durée est limitée : elle se déclenche lorsque c’est nécessaire, accomplit sa tâche de repousser la menace, puis s’apaiser. Elle ne devient ni une expérience à craindre et à détester, ni une irritation chronique.
La colère est un sentiment valide et naturel (et certaines personnes ont besoin de se le rappeler consciemment) qui, en soi, n’est pas pour but de nuire à qui que ce soit. La colère, dans sa forme pure, n’a rien de moral ou d’immoral, elle n’est ni bonne ni mauvaise, elle est, tout simplement, son seul « désir » étant une noble cause : maintenir l’intégrité et l’équilibre.
Si et quand elle se transforme en une version toxique d’elle-même, nous pouvons nous tourner vers les justifications et interprétations inutiles de sa présence, vers les schémas de pensée qui continuent à la nourrir, sans pour autant invalider l’émotion elle-même. Nous pouvons aussi observer comment notre incapacité à dire « non » alimente un ressentiment chronique qui nous expose à une rumination toxique.
Beaucoup d’entre nous ont appris à minimiser leur colère au point de ne plus savoir à quoi elle ressemble. Dans ce cas, il est préférable de ne pas l’idéaliser ou l’exagérer : imaginer un accès pompeux ou un monologue vertueux truffé de jurons ne nous aidera pas. À l’instar de l’authenticité, la colère authentique n’est pas une performance. Le message essentiel de la colère est un « non » concis et puissant, prononcé avec autant de force que l’exige le moment. Chaque fois que vous vous surprenez en train de tolérer ou d’expliquer des situations qui vous stressent constamment, en insistant sur le fait que « ce n’est pas si grave », que « je peux gérer ça » ou que « je n’ai pas envie d’en faire tout un drame », c’est probablement l’occasion pour vous de vous entraîner à donner à la colère l’espace dont elle a besoin pour se manifester. Le simple fait d’admettre que « je n’aime pas ça » ou que « je n’en veux pas » peut être un véritable pas en avant.
…Pour la plupart d’entre nous, la question n’est pas de savoir s’il faut être en colère, mais comment vivre sainement avec les sentiments et les émotions, y compris la colère, qui apparaissent et disparaissent au gré du temps.

Une histoire pour les enfants et les grands. À lire, à dessiner, à raconter et à apprécier pleinement.



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